Je ne le croyais pas et je dois aujourd’hui faire mon mea culpa… Il y a un bon mois, ce cher Jean Hubert avait fait un article sur Bayrou en disant qu’il serait le piveau de la sociale démocratie française. J’avais refusé la parution de cet article en arguant que François, de part son positionnement politique, son parcours, ses amitiés, s’encrait au contraire dans la démocratie chrétienne. Force est de constater que Jean Hubert avait bien anticipé la métamorphose de Bayrou qui, aujourd’hui, souhaite rallier à lui non seulement le centre mais la gauche réformiste (comme son ami Prodi en Italie).
Revenons à ce Bayrou (ca faisait longtemps me direz vous…). Son score est bien sûr tout à fait honorable, voir même inespéré mais excusez du peu, il n’est pas au deuxième tour. Le baratin sur sa capacité à être au deuxième tour nous faisait rire alors, on en rit encore aujourd’hui. Rappelons qu’il a fini à près de 7 points de Royal…
Qu’ils aient présentés un candidat, rien de plus normal. En revanche, que leur candidat ne soutienne pas le candidat de la majorité, c’est anormal : Bayrou prend une grande responsabilité à ne pas choisir. Sarko ou Ségo, le choix n’est pourtant pas compliqué… Le soutien à Sarko nous aurait assuré de la victoire. Quel dommage que son ambition personnelle passe avant celle de la grandeur de notre pays…
- La grande question maintenant est de savoir qu’elle va être la consigne de vote de Le Pen. Sa position n’est pas la même que Bayrou. Il pourrait appeler à voter Sarkozy : son électorat n’est pas forcément de droite mais une grande partie se sent plus proche de la droite que de la gauche. Le Pen pourrait donc appeler au vote Sarkozy pour faire barrage à la gauche. En plus cela mettrait en difficulté Sarkozy qui se traînerait comme un boulet ce soutien. De quoi faire plaisir à Jean-Marie sans doute. Il pourrait aussi appeler à voter Marie-Ségolène : il peut se permettre de mettre un peu de bazar dans cette élection en apportant son soutien à la tête de file du front anti-lepénisation des idées. Mais cette solution reste peu probable. La dernière solution est celle du non choix habituelle du personnage pour pouvoir rester le seul candidat anti-système. Cette solution est la plus probable.
- Bayrou veut devenir la star de cette élection. Alors qu’il faut faire un choix pour gouverner la France il affirme seulement son opposition à Sarkozy et sa faible ouverture vers Royal. Il est étonnant qu’à un moment aussi important pour notre démocratie la seule chose que Bayrou a en tête c’est de créer un parti au lieu de faire un choix pour la présidentielle. Lors de sa conférence de presse, il a dit que seul son projet était le bon , que les deux autres étaient dangereux. Mais il oublie quelque chose : il est arrivé troisième ce qui veut dire que les français ne le jugent pas apte et que son projet n’est pas celui des français. Sa position d’arbitre est un scandale, et vouloir imposer un débat avec les gagnants une imposture. C’est comme si Duclos ( quelqu’un s’en souvient ?) en 1969 avait décidé de s’immiscer dans le débat. Ou comme si Balladur en 1995 s’imposait pour donner les bons points à Chirac ou Jospin. Il est étonnant qu’un démocrate ne respecte pas les règles de la démocratie : on respecte le choix des électeurs.
- La bataille du débat télévisé entre Bayrou et MarieSégolène est risible. Bécassine est prêt à tout pour récupérer le voix du béarnais, même à le considérer comme puissant alors qu’il a perdu, à le considérer comme propriétaire de ses voix alors que les électeurs sont libres. Bayrou à bien jouer son coup en se positionnant comme arbitre : il oblige Royal à venir vers lui-même dans les pires conditions : elle est obligée de faire pleins de promesses alors qu’au PS on grince des dents ne serait-ce que pour ce débat, alors pour les ministres n’en parlons pas. Les accusations d’intimidation de Sarkozy sont risibles : on reste toujours sur l’utilisation de la peur plutôt que sur une attaque sur le programme.
- L’extrême gauche voit d’n très mauvais œil le recentrage de Marie-Ségolène alors qu’elle paraissait déjà bien loin du PS. Comme le dit Clémentine Autain dans une interview au Figaro : "Pas de chèque en blanc à Royal". La seule chose qui réussisse encore l’extrême gauche à soutenir Royal , c’est l’anti-sarkozysme. Mais les gauchistes n’ont aucune envie d’être mélangés avec le Béarnais qu’ils considèrent comme un homme de droite. Le TSS ne fonctionnera que si Royal ne donne pas trop de gages à Bayrou. Car elle pourrait perdre de nombreuses voix à l’extrême gauche qui ne serait peut-être pas compensées par les voix centristes. L’abstention des gauchistes serait fort préjudiciable pour Marie-Ségolène. On va savoir maintenant si elle est une bonne équilibriste.
Maintenant il ne reste plus que Le Pen qui donnera sa position le 1er Mai. Nous vous demandons votre avis dans notre sondage, sur la future position du Président du FN.
Hé oui, le candidat anti-système est avant tout un homme de parti. Que celui qui me dise le contraire se dénonce maintenant ou se taise à jamais. Petit retour en arrière François Bayrou débute sa carrière au CDS, branche de l’UDF canal historique. Il prend la tête de ce parti et crée dans la foulée « Force Démocrate » nouveau parti et vaisseau amiral du centrisme politique. Ensuite il prend la tête de l’UDF et la transforme en « Nouvelle UDF » : du neuf avec du vieux on n’a jamais fait aussi bien. Et maintenant fort de sa victoire, oups, de sa troisième place, il lance avec fracas « le Parti Démocrate ». Tremblez Al Gore, Hillary et autres Bill, les Démocrates français débarquent. En tout trois créations (un record), il y a fort à parier qu’en 2012 nous verrons la création du « Nouveau Parti Démocrate », outil majeur de la modernisation de la vie politique française. Amis des partis rassurez-vous le bon François est là et vous militants de l’UDF, déçu de la dernière heure, séchez vos larmes, vos affiches oranges deviennent collectors et vaudront bientôt de l’or sur E-Bay.
- Bayrou ne donnera sans doute aucune consigne de vote, certain d’être l’avenir de la France. Sa posture anti-système résistera sans doute à l’appel des députés qui veulent garder leurs sièges.
- A propos de députés UDF, André Santini annonce que 12 députés sont près a soutenir publiquement Sarkozy. Ajouté au cinq, qui se sont déjà prononcés pour le candidat de droite, cela fait 17 sur 29 députés. La peur de voir un candidat UMP face à eux, couplé à une indisposition face à leur électeurs de centre-droit et l’impossibilité intellectuelle de voter pour Royal, les obligent à ce choix. Le grand chef fera son dur, mais les sous-fifres sauveront leur peau.
- Royal essaie désespéramment d’attraper les voix de Bayrou : un appel téléphonique, bientôt une lettre amis surtout une rencontre avec Delors. François Bayrou voyait comme Premier Ministre un Delors en plus jeune. Du coup, Marie-Ségolène a retirer rapidement de la naphtaline le père de la miss Aubry pour montrer au béarnais qu’elle avait compris le message.
- Sarkozy fait le tour de la Chiraquie. Certains chiraquiens avaient appelé à voter Bayrou, tellement obnubilés par le TSS (Tout-Sauf Sarkozy). Nicolas Sarkozy a donc rendu visite à Chirac puis a Villepin. Le Président de la République et le Premier Ministre lui ont donc assuré leur soutien pour le second tour. La droite redevient donc unis, tout du moins en apparence.



